Formation Initiation à l’Approche Narrative en 2016 à Bordeaux

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Le métier du coaching

C’était aujourd’hui de 18h à 19h30 à l’IAE de Bordeaux avec Monique Levy, Stéphane Seiracq et Pierre Blanc-Sahnoun, trois intervenants passionnants.

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2è Journées Francophones des Pratiques Narratives à Nantes

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Initiation aux Pratiques Narratives à Bordeaux à la rentrée septembre

Si vous souhaitez changer votre regard sur le parcours identitaire des individus, des équipes et des organisations, inscrivez-vous au cycle Initiation aux Pratiques Narratives Bordeaux 2016. Il s’agit d’une opportunité réelle pour des personnes qui travaillent notamment dans le monde de l’entreprise (relation d’aide, facilitation d’équipes, coaching, …) de se remettre au service de leurs clients et non pas des histoires de problème, de travailler sur leur posture décentrée influente et de réveiller la force du récit.
Catherine MengelleCette formation de La Fabrique Narrative est assurée par Catherine Mengelle, que j’ai l’honneur de connaître et que j’aurai la chance d’accompagner au cours des 8 ateliers :

  • 12 et 13 septembre 2016 : la posture narrative décentrée et influente, la puissance des histoires, les intentions du praticien et les récits du client, les histoires dominantes et alternatives, les histoire de problèmes.
  • 3 et 4 novembre 2016 : travailler avec les histoires de problème, l’externalisation, le pouvoir moderne et l’exploration du contexte.
  • 15 et 16 décembre 2016 : la puissance des histoires préférées, la construction de territoires identitaires alternatifs, redevenir auteur à partir des exceptions, la métaphore textuelle et l’épaississement des récits alternatifs, leur documentation.
  • 30 et 31 janvier 2017 : l’identité comme projet social, le club de vie, le remembering.
  • 6 et 7 mars 2017 : relier les vies, travailler avec des témoins extérieurs et des équipes réfléchissantes, la documentation des histoires alternatives.
  • 6 et 7 avril 2017 : pousser plus loin le travail de documentation, la documentation poétique, les certificats et autres proclamations identitaires, les campagnes de lettres.
  • 22 et 23 mai 2017 : travailler avec l’invisible, déconstruction et absent mais implicite, de l’histoire du problème à l’histoire alternative préférée, à partir des idées de Foucault et Derrida.
  • 10 et 11 juillet 2017 : fabriquer des questions narratives puissantes, pertinentes et captivantes.

Une aventure unique ! Nous avons d’ailleurs eu d’excellents retours lors de notre journée découverte du 8 avril dernier avec Catherine :

« Je suis dans une recherche intense d’un outil qui me plaise, qui me passionnerait. A l’issue de cette journée découverte, l’approche narrative est une petite graine qui a germé, et j’espère en faire mon jardin. J’aime bien le côté création. »

« Chacun a pris son envol lors de cette journée découverte de l’approche narrative. Chacun a également trouvé ses propres vérités, ses propres réponses, ce qui est un chemin compliqué et long. Le plus long chemin dans la vie d’un Homme c’est de la tête au coeur. »

« Je suis dans une pratique professionnelle figée, très conforme. Cette approche des mots et des phrases qui appartiennent à la personne est fascinante, la fluidité de la rédaction et le don de l’écrit m’intéressent énormément. A l’issue de cette journée découverte de l’approche narrative, je vais peut-être commencer à écrire différemment. »

« Je décide d’écrire une autre histoire, c’est fondamental pour moi de faire ça, déconstruire et reconstruire autre chose. J’ai envie de continuer à m’inspirer de cette approche narrative dans tout ce que je fais. »

« Cette approche narrative a participé à continuer à ébranler mes certitudes, à écrire le chemin de ma vie. Avec cette nouvelle approche, il se crée une espèce d’éclosion, d’effervescence qui me permet de prendre mon envol, qui permet à mes clients de prendre leur envol, d’écrire à leur tour leur propre chemin de vie. »

Liens : ProgrammeDates et inscriptionConditions financières.

 

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Les dragons de notre vie

Rainer Maria Rilke

Tous les dragons de notre vie ne sont peut-être que des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions.

Mon patronus (voyage à Tôkyô en 2009) :

patronus

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Audiospectacle à 3 voix

Si vous souhaitez avoir un aperçu de ce à quoi peut ressembler l’ambiance et le contenu des formations aux pratiques narratives de La Fabrique Narrative, il vous suffit d’écouter les enregistrements publiés sur son blog suite à la conférence du 16 février, et où nous entendons les voix sincères, authentiques, pleines d’émotions, enjouées, passionnées et passionnantes de trois de ses formateurs, Dina Scherrer (une décolleuse d’étiquettes), Elizabeth Feld (une petite héroïne) et Pierre Blanc-Sahnoun (un cavalier narratif). Cette équipe auto-réfléchissante y racontent, démontrent et explorent l’importance des pratiques narratives dans leurs vies et au service des vies des personnes, au passé, au présent et au futur. Magnifique !

Petits moments choisis :

Histoiriser l’expérience

Historier l’expérience… fabriquer une histoire avec une expérience. L’un des grands principes de l’approche narrative, c’est que notre expérience n’a rien à voir avec l’histoire que nous racontons sur l’expérience. Et que, plutôt d’être attentif à la réalité de notre expérience, qui est corporelle, sensorielle, nous confondons notre expérience avec le récit que nous en faisons, avec l’histoire que nous racontons sur cette expérience afin de lui donner du sens.

Histoire dominante

Histoire dominante… une histoire qui a tellement pris de place dans ma vie et dans ma tête qu’il n’y a plus de place pour d’autres histoires. J’incorpore l’histoire de problème. Je deviens le problème moi-même. Cette histoire dominante qui, au lieu de rester extérieure à moi comme une modalité de la relation à l’autre, elle devient une espèce de caractéristique profonde de mon identité, et donc d’identité-problème.

Coaching narratif

Le coaching narratif pose des problèmes éthiques incroyables : la demande de coaching de l’entreprise est très souvent, consciemment ou pas, une demande de normalisation sociale et culturelle des collaborateurs, ou bien une demande d’allègement du symptôme de souffrance que le collaborateur va ressentir dans son travail, et où on va amener le collaborateur à aller un petit mieux, à souffrir un petit peu moins, et donc à travailler encore un petit peu plus. Les pratiques narratives s’intéressent beaucoup à l’analyse des contextes politique, économique et culturelle. Dans la mesure où les histoires dominantes, les histoires qui nous emmerdent, les histoires de problème, viennent souvent des contextes. Dans l’entreprise, toutes les histoires de performance, de réussite, de valeur ajoutée pour l’actionnaire, de compétition, de rareté des ressources, « si on n’avance pas on meurt », « si on n’avance pas on recule », de croissance infinie, toutes ces histoires-là, elles créent une plateforme pour faire souffrir les êtres humains, voire pour les éliminer à un moment ou à un autre. Une plateforme pour privilégier les résultats financiers, la performance financière sur les communautés de travail qui produisent cette performance financière. Même si on fait très très attention, on se retrouve tout le temps à marcher sur un fil, le cul entre deux chaises, mais deux chaises vachement rapprochées et relier par un fil (ça c’est de la concaténation de plusieurs métaphores).

Cérémonie définitionnelle

Barbara Myerhoff a mis en relief plusieurs choses importantes : l’aspect culturel et social de l’approche narrative, notamment la tradition de donner la voix à des voix minoritaires ou des communautés minoritaires, mais aussi la tradition de trouver un rituel qui s’appelle la cérémonie définitionnelle, un rituel proposé à des communautés et des groupes pour les aider à trouver du sens, les aider à trouver et honorer des valeurs communes qui les unissent face à des situations difficiles. La cérémonie définitionnelle est une pratique que l’approche narrative apporte à des communautés et des groupes, qui permet de connecter les racines culturelles, anthropologiques. La cérémonie définitionnelle apporte un contenant, un forum, un rassemblement, dans lequel peut circuler des échanges pour partager sur ce que les personnes ont en commun, ce qui les relient, leurs actes de résistance qui en disent long sur ce qui est important pour elles, des choses qu’elles font et qui disent qu’elles ne sont pas des victimes mais des acteurs,…, autour d’une affirmation, d’une identité commune, souvent pour des groupes qui se sentent invisibles ou en danger. Michael White cite la cérémonie définitionnelle comme le concept le plus puissant, qui permet de proclamer des choses, car pour qu’une histoire soit vivante, vivace, et puissante, elle doit non seulement être racontée, mais aussi entendue par un public vaste.

Documentation

L’intention de documenter avec les mots de la personne est qu’elle puisse retrouver ce qu’elle a dit, c’est d’ancrer les avancées, de montrer à la personne que l’on a sorti quelques petites pépites, on les a mises là, on les a étoffées, et si par exemple elle repart avec, elle peut les relire dans des moments où elle doute un peu, donc quelque chose pour s’accrocher aux histoires préférées, le praticien narratif cherche plein de moyens pour que la personne s’y accroche, et la documentation en fait partie. Un deuxième avantage sur la documentation est qu’elle change la relation de la personne avec son histoire. Quand je vous raconte, quand je parle, je suis narrateur, en tant que narrateur j’ai une certaine relation avec l’histoire que je raconte, c’est ma relation de narrateur. Lorsque le praticien narratif note mes mots, et me les restitue avec poésie et avec respect, c’est comme s’il me tendait respectueusement un miroir, et le fait d’entendre ce texte qu’il a écrit, dans sa voix, ça change totalement la relation avec mon texte dont je suis l’auteur, dont j’ai été le narrateur. Le fait de reconsidérer mon texte, venant du praticien et ayant été filtré, reconditionné et renégocié par sa subjectivité, je renoue, je refais connaissance avec mon texte, donc avec mon identité (puisque la métaphore de base des pratiques narratives c’est que l’identité fonctionne comme une texte), je me réapproprie mon texte, donc mon identité.

Le praticien narratif n’est pas concentré sur la documentation, il est concentré sur la personne et sur les mots-lumières, et il laisse couler les mots-lumières le long de son bras jusqu’à son stylo. Pierre B-S.

Poésie

La poésie a l’avantage d’être beaucoup plus précise que le langage usuel pour retranscrire, retraduire des réalités expérientielles. L’avantage de la poésie c’est la précision. Nous on prend des notes comme des poètes, pas comme des thérapeutes.

Théâtre

L’avenir de la narrative est peut-être du côté du théâtre. David Epston est en train d’expérimenter, en ce moment, la façon dont une personne peut donner une performance de la vie d’une autre personne, et les effets que la performance de sa vie a sur la personne qui est le sujet de la pièce. David a travaillé sur une pièce de théâtre d’Eugenio Barba, une mise en scène de la vie d’une anthropologue, et le fait de se voir sur scène a provoqué chez elle certaines réactions et reconstructions de son identité. David explore ça à travers la notion de Insider Witness (cf. wiki), il appelle ça les pratiques narratives performatives, un des avenirs possibles de la narrative.

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La prison et après

Si vous êtes branché sur France Culture, notamment l’émission « Sur les docks » dirigée par Irène Omélianenko, vous avez peut-être écouté la semaine dernière la série de trois émissions sur « La prison et après » : d’abord les aménagements de peine, puis la lente acclimatation de femmes sortant de détention, pour finir avec l’exceptionnel « Claude, libre à tout prix », un documentaire de Marina Bellot et François Teste.
ClaudeIl s’agit du témoignage de Claude, 76 ans, qui à l’âge de 45 ans, a été condamné à perpétuité dont 18 ans de sûreté. Il aura finalement passé 25 ans dans une vingtaine de prisons françaises. Il raconte comment se reconstruit la vie à l’ombre de la prison puis très loin d’elle.

Extrais choisis :

Je m’appelle Claude, j’ai 76 ans,
J’ai deux bras, deux jambes, une tête,
Tout baigne !

Liberté
Le mot « Liberté », c’est un mot extrêmement fort,
Parce que dehors, personne ne sait ce que veut dire « liberté »,
Les gens ils se lèvent, ils vont là, ils font ceci, ils prennent un café, ils ont le droit de sortir,
Ils vivent, ils vivent, la liberté ils n’y font même pas attention,
Et d’un seul coup, on peut plus aller là, ou là,
Il n’y a plus d’arbres, plus de feuilles, plus de voitures, plus de rues, plus de trottoirs,
C’est fini, c’est fini,
On ne peut plus ouvrir, fermer une porte, c’est fini,
On ne peut plus manger à l’heure qu’on veut, c’est fini,
Tout ça c’est fini,
Et d’un seul coup, la liberté prend tout son sens,
Et on prend conscience que dehors on était libre,
Et qu’on ne se rendait pas compte qu’on était libre.

Promiscuité
La deuxième difficulté, c’est la promiscuité, c’est un mal qui ronge,
Parce que là, c’est comme la liberté,
Quand vous êtes dehors, et qu’il y a des gens sur le trottoir de droite qui ne vous plaisent pas,
Vous pouvez toujours aller marcher sur le trottoir de gauche,
En prison, tout le monde est dans la cage,
Il n’y a pas de trottoir de gauche ou de droite, ça n’existe pas ça,
Faut faire avec les bons, les moins bons, les mauvais, et puis les très mauvais,
Il y a un proverbe qui dit : « Il vaut mieux faire le boucher que faire le veau »,
Eh ben en prison c’est très vrai.

Attendre
La prison c’est l’attente, d’accord ?
On rentre en prison, on attend l’instruction du juge d’instruction, attendre…
Et puis on attend la deuxième instruction du juge d’instruction, attendre…
Moi j’en ai eu 33, ce qui veux dire 33 fois « attendre »,
On passe son temps à attendre,
Une fois qu’on est arrivé en Centrale,
On reprend la capacité ou la possibilité de penser par soi-même,
Et se recréer un semblant de vie quotidienne.

Vivre
D’abord, la vie c’est coriace, c’est coriace la vie, c’est costaud la vie,
C’est difficile de ne pas vivre, c’est chevillé au corps,
Comme on est enfermé dans un lieu,
On fait avec l’espace de ce lieu pour se créer une vie,
Parce que faire quelque chose c’est vivre,
Ne pas faire quelque chose c’est mourir, mentalement, c’est mourir.

Dehors
Une fois dehors, dans le fauteuil de son appartement,
On ne peut pas empêcher la tête de penser « cellule »,
Parce qu’elle a pensé trop longtemps « cellule »,
En détention, on prend des habitudes,
Par exemple, on n’a pas de clés, donc on ne ferme jamais la porte, puisqu’on n’a pas de clé,
Il n’y a pas de porte aux toilettes puisqu’il n’y a pas de cabinet de toilettes,
Les toilettes, elles sont là,
J’ai mis un an à apprendre à fermer la porte des toilettes ! un an !
On ne sort pas de prison, on sort « avec » la prison,
Je vais prendre un exemple très simple : la cellule, c’est 2m80 sur 2m40,
Il y a un lit, une petite table, une chaise, un placard, un lavabo, un water et une fenêtre,
Du lit au water, il y a 1m50,
Physiologiquement, le corps prend les dimensions de l’espace,
C’est-à-dire que lorsqu’on a envie de pisser,
Du lit aux toilettes, on fait 1m50, au maxi,
La vessie, avec le temps, elle prend l’habitude de 1m50,
Mais quand on est dehors, on n’a pas de toilettes à 1m50,
C’est terrible, c’est une vraie histoire,
On ne tient plus debout.

Les gens
Et tout est comme ça,
On a l’impression qu’il faut réapprendre à voir les gens,
On a toujours l’impression qu’on a une pancarte là.

Madame
Apprendre à parler à une femme !
25 ans j’ai parlé à des hommes,
Je ne sais plus parler à des femmes,
Alors, ou j’en fais trop, ou j’en fais pas assez,
Si j’en fais pas assez, je suis un ours,
Si j’en fais trop, c’est louche,
Alors, quel est le dosage ?
Mais moi, je ne le connais plus ce dosage-là.

Monsieur
Monsieur ! Monsieur !
25 ans qu’on ne m’a jamais dit Monsieur, jamais,
25 ans qu’on ne m’a jamais serré la main,
D’un seul coup, j’arrive dehors, on me dit Monsieur, on me sert la main,
Alors, on ne sait pas ce qu’il faut faire,
Je connais des types, ils ne s’en sont jamais remis, jamais,
Je connais des types, le soir ils sont allés sonner à la Centrale, pour demander au Directeur de re-rentrer
Ils n’y arrivaient pas…

Parloir
Je me rappelle un type, 33 ans sans parloir,
Le parloir, c’est le seul lien avec l’extérieur,
Les gens pendant les deux première années, ils sont là,
La troisième année, ils sont encore un peu là,
La quatrième année, ils ne sont plus beaucoup là,
La cinquième année, il n’y a plus personne,
Sauf la vieille maman qui vient voir son fils, ou un frère ou une soeur,
Mais bon, c’est fini,
Alors bon, ils peuvent prendre un visiteur de prison, ou une visiteuse de prison,
C’est un étranger de toute façon,
Un visiteur de prison, c’est un brave monsieur,
Qui vient, qui vient pour discuter 1/2 heure et qui repart après,
Bon, vous ne le connaissez pas avant, vous ne le connaîtrez plus après,
Si on est transféré, on ne le reverra pas.

Récidive
Un homme qui fait 20-25 ans de prison,
Et qui n’a plus personne à voir en bout de peine,
Il sort, il est libre, qu’est-ce qu’il peut faire ?
Ben voilà, c’est tout le problème de la récidive,
La récidive, elle est fabriquée en prison,
On crée des individus, qui ont perdu tout lien social avec l’extérieur,
Et un jour, on ouvre la porte et on les met dehors,
Alors ils se débrouillent,
Neuf fois sur dix, ils vont retrouver des gens qu’ils connaissaient autrefois,
C’est remettre le pied à l’étrier.

Baluchon
C’est l’Administration Pénitentiaire qui décide de vous transférer là ou là,
A telle date ou pas à telle date, on est un baluchon, hein, on n’est pas autre chose qu’un baluchon,
Alors, on tombe bien, on tombe mal,
Sur une Centrale où on peut vivre plutôt tranquillement,
Ou tomber sur une Centrale où c’est nettement plus dur,
Avec un QHS plus que dur, isolement total,
Les QHS sont fermés, on a appelé ça les UVP, Unités de Vie Particulière,
Ca fait mieux non ? c’est nettement plus mondain d’un seul coup,
En fin de compte, les UVP, c’est les QHS,
C’est l’isolement total,
Juste avec les surveillants qui passent aux heures de repas, ouvrent le matin et ferment le soir,
Pendant 18 mois, je n’ai pas vu un détenu,
La solitude est telle que, vous choisissez comme vous voulez,
Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche,
Tous les jours sont tous les jours, dehors le temps passe,
Dans ces endroits là, on passe dans le temps,
On parle tout seul.

Silence
Casser le bruit,
Personne ne se rend compte que le silence fait du bruit,
Dehors il y a toujours un peu de vent, une voiture qui passe,
Ou si on est en forêt, le vent dans les branches d’arbre,
Là on est dans un tombeau,
Les premiers temps c’est même angoissant,
Parce qu’on a l’impression qu’il n’y a plus personne sur Terre,
La Terre est vide, il n’y a plus rien qui existe,
On écoute, on écoute, on a beau écouter, on n’entend rien,
Il n’y a rien à entendre,
On écoute le bruit de ses pas,
Parce que ça s’est important, s’écouter marcher,
Si on marche c’est qu’on vit, c’est bête hein ?
On se parle tout seul,
Par exemple : « Bon, ben tiens je vais me faire un petit café »,
Mais au moins j’ai entendu le son de ma voix,
On meuble, on rêve, on fantasme, on marche, on projette,
Qu’est-ce qu’on fait ? J’en sais rien de ce qu’on fait, j’en sais rien du tout, j’en sais rien,
On se rend pas compte mais 18 mois de solitude totale, il faut les porter hein,
A tel point que je me rappelle un type, il avait complètement pété les plombs,
Il parlait avec Johnny Halliday à la fenêtre,
A la fenêtre, c’est un grand mot, il n’y a pas de fenêtre en QHS,
A la lucarne qui est à trois mètres là-haut,
Alors il grimpait à la lucarne et parlait à Johnny Halliday à la lucarne,
C’est pour dire à quel point il avait pété un câble,
Voilà… voilà…

Culpabilité
La sortie, quand on sort de prison,
On pense à ceux qui y restent,
J’avais un lecteur DVD, des DVD, une cafetière, etc.,
Je laisse tout à tout le monde,
Je ne vais pas sortir avec ma cafetière et mon lecteur de DVD, hein,
Et puis les types qui restent au trou, ils en ont besoin quand même,
Et puis le surveillant vient me chercher, vestiaire, passer au vestiaire,
Et puis, je me retrouve devant la porte de la Centrale,
On prend conscience qu’on est libre, mais avec un sentiment de culpabilité,
Parce qu’on pense à ceux qui sont restés, qu’on vient de quitter,
Moi j’avais des amis en prison, avec qui j’ai fait des années, des années…
Et d’un seul coup je les quitte, et eux ils restent,
Et un est mort, il est mort… voilà…
Des types qui ont 20 ans, 22 ans de fait,
Des types avec qui on a partagé le pain, on a partagé des bagarres,
On a partagé le bon et le mauvais,
Des types vraiment… intimes du point de vue amical, bon,
Et puis voilà, moi je suis dehors et eux sont dedans,
Ca paraît assez idiot ce que je vais dire,
Mais on se reproche d’être libéré, on se le reproche,
On a l’impression d’avoir déserté, abandonné,
C’est une fracture, une fracture qui fait très très mal, très très mal,
Et puis on a conscience qu’on ne sait plus vivre, on ne sait plus.

L’autre
Les habitudes que l’on a pris, les habitudes de douche, de toilettes, etc.
Dehors ce ne sont plus les mêmes,
C’était devenu invivable pour moi,
On est face à mille questions,
Est-ce je peux occuper la salle de bains maintenant,
Est-ce que je ne vais pas gêner,
Est-ce que je peux descendre de ma chambre maintenant,
Est-ce que je ne vais pas gêner,
Oui, mais là, ça fait longtemps que je suis là, si ça se trouve j’empiète sur l’autre,
On ne sait plus, on ne sait pas comment exercer sa liberté,
On a une liberté, comme un gros lot qu’on vient de toucher au loto, et on ne sait pas comment le dépenser,
Ou bien on ne le dépense pas, et on ne touche à rien, on ne bouge plus,
Ou bien on le dépense trop, mais on empiète sur l’autre,
« Laisse je vais faire ça », « Laisse je vais le faire à ta place »,
Mais à quel moment l’autre va dire : « Mais enfin… »,
C’est trop plein ou trop vide.

Paix
Voilà, c’est le petit bois,
Je viens avec une couverture,
Je m’installe là, par exemple, là ou ailleurs,
Je dors là, parce que je suis tout seul, je suis bien,
Je viens y chercher la paix, la paix,
Et me retrouver moi,
Pour une après-midi ou pour une nuit,
Etre un ours, être un ours, j’ai besoin,
Parce que la société est envahissante,
Et dès fois, je ne la supporte plus,
Même les gens que j’aime bien, ça n’a rien à voir hein, je ne supporte plus,
Il faut qu’on me foute la paix,
J’ai besoin de ce contact avec la nature,
Je suis un ancien broussard quand même,
Et la nuit c’est incroyable comment c’est silencieux, c’est tranquille,
J’emmène un sandwich, une orange ou une banane, un truc comme ça, un litre d’eau, un duvet,
Je suis tranquille, j’apprécie ma paix.

J’ai 76 ans et je suis toujours en vie.

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